Canet, le 2006/10/16

mardi 2 janvier 2007, par Michel Balat


Canet, le 16 10 2006

M. B. : Ça y est ! ça marche maintenant !... C’est bizarre ces trucs-là..., c’est étrange...

G. P. : Il a un inconscient...

M. B. : Il a un inconscient... inconscient machinique... Bon ! on est le combien ?..., j’ai oublié..., le 16... (rires) le 16 octobre 2006... Où est-ce qu’on en était ?... La dernière fois, j’avais repris ces questions liées aux différents aspects du phanéron, et j’avais dit que la sémiose était une sorte d’extracteur d’objet, mais un extracteur complexe, triadique, puisqu’en fait, il faut d’abord produire un signe. J’avais tenté de donner des exemples que j’avoue ne pas trouver très convaincants à la relecture... (rires), je ne sais pas si vous vous l’avez été... En tout cas, il faut un signe et des interprétants, et c’est ce qui est compliqué. Autour de l’objet il faut toute une machinerie complexe de signes et d’interprétants, sauf que cette machinerie complexe a comme effet déplorable de transformer l’objet en signe, et, de ce fait, du seul fait qu’il faille une sémiose pour extraire les éléments du phanéron, on est fichus, on est dans l’impossibilité d’accéder au phanéron qui est médiatisé par les signes, d’emblée... dans l’impossibilité d’accéder directement à la chose. Enfin ce sont des expériences que tout le monde vit de différentes façons...

Quand on travaille depuis cent ans sur ce sujet, on connaît à peu près avec précision les moments qu’on a vécus où l’on acquiert la conviction que le monde est définitivement perdu pour nous et qu’il nous faut désormais le reconstruire continuellement.

C’est vraiment une expérience profonde, essentielle, qu’on vit, et qu’on reconstitue lorsqu’on est amenés à penser la question des signes. Je trouve cette façon de l’exprimer très simple et très éclairante : « c’est fichu ! », vraiment, c’est ça !... C’est terrible...

Je raconte ça dans un écrit assez ancien, appelé « assumer l’abduction ». C’est un texte que vous trouverez sur le site. Je raconte comment je retrouve le moment d’angoisse où j’ai commencé à parler..., c’est fou !... mais il n’empêche que le jour où j’ai écrit ça, je revivais ce moment où j’ai su que je faisais un pas qui était terrible, enfin qui correspond au « c’est fichu ! »... Jean Oury raconte une expérience similaire un jour où, dit-il, « il était à vélo » !

Maintenant, plus rien ne sera comme avant : jusque là je pouvais vivre dans un monde tout uni, tranquille, paisible, je recevais tonalement les paroles de tout le monde, j’étais dans le bain de langage avec le lait de Dolto, et puis soudainement ça a été fini, il a fallu sortir de là, il a fallu se mettre à parler. C’est une expérience que j’ai revécue à l’occasion de cet écrit, mais je pense qu’on a tous vécu l’expérience de ce passage, ce passage terrible au fond de soi, qui fait de nous des êtres de langage...

Parce qu’une fois qu’on est un être de langage, eh bien, « c’est fichu ! »... (rires) on ne peut plus revenir en arrière...

Des tentatives peuvent avoir lieu, et dans ce sens-là il me semble que l’état végétatif est sans doute la tentative la plus aboutie, puisque le bonhomme est résolu à demeurer sur la réserve, et dit « maintenant on me la refera pas une seconde fois ! ».

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