L’ERRANCE par Roland Kuhn

dimanche 14 octobre 2012, publié par Michel Balat


L’ERRANCE COMME PROBLEME PSYCHOPATHOLOGIQUE OU DEMENAGER

par Roland Kuhn

paru dans “PRÉSENT À HENRI MALDINEY” Ed. L’Age d’Homme, Lausanne, 1973.

Voyager ou s’établir sont des modes fondamentaux du comportement humain auxquels correspondent des formes déterminées de l’être-au-monde, de l’étre-avec-autrui et de l’être-soi. Le nomadisme et la vie sédentaire marquent de leur empreinte aussi bien l’individu que les formes collectives et les créations culturelles, son rôle social comme ses préoccupations personnelles. Ce sont des possibilités existentielles qu’il est difficile de réaliser simultanément ; elles se rapportent pourtant l’une à l’autre. Elles se trouvent en tension lorsque la réalisation de l’une suscite le besoin de l’autre. Dans la mesure où elles se délient l’une de l’autre, les tensions disparaissent provisoirement, mais elle peuvent toujours renaître. Par là, la présence (Dasein) se déploie en repos et en mouvement, selon des jeux multiples de tension et de relâchement, en suites rythmiques se développant harmonieusement ou en irruptions critiques amenant de brusques transformations.
Entre le pur nomadisme et la vie strictement sédentaire, il y a, malgré une apparente incompatibilité, des formes qui réalisent l’une de ces possibilités sans exclure absolument l’autre, par exemple, lorsqu’on change d’habitation selon les saisons ou selon les travaux, pour des déplacements temporaires, quand on voyage pour ses affaires tout en conservant la même demeure, etc. On a souvent peint, et de bien des façons, les années de voyage du jeune-homme et comment, avec l’âge, il cherche à se fixer ; c’est de là que sont nés pour de larges couches sociales des modèles qui contribuent à structurer la présence tout entière, jusque dans la société actuelle.
A côté de la psychologie, de la sociologie et de l’histoire des voyages et de l’habitat, il y a place pour une psychopathologie de ces mêmes phénomènes ; elle englobe des domaines complexes dont l’explication devrait suivre des voies nombreuses et longues à parcourir. Nous nous limiterons ici à l’examen de deux phénomènes concrets : la dépression provoquée par un déménagement et l’incapacité pour certains schizophrènes de tenir en place, dont l’étude comparée permet d’accéder à quelques-unes des structures fondamentales de l’existence psychotique.

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