Le Musement, de Peirce à Lacan

dimanche 24 juillet 2011, publié par Michel Balat


Le Musement, de Peirce à Lacan

Michel Balat

Revue Internationale de Philosophie, Vol. 46, N°180, 01/92

Lacan nous invite à le lire comme lecteur de Freud. Peut-être pourrait-on lui faire le reproche d’avoir substitué à l’infinie clarté du fondateur de la psychanalyse une certaine obscurité - plus apparente que réelle, il est vrai. Pourtant, à travers ces nuages et ses nouages, ne nous signifiait-il pas une sorte de critique, portée au grand ancien : celle de nous avoir laissé croire que l’on pouvait tout uniment aborder son oeuvre, alors qu’elle recèle des pièges redoutables ? Nous pouvons le penser, d’autant que Lacan cherchait, comme il le disait, à préserver l’"illecture" de son travail, garante, cause et soutien du désir de savoir du lecteur. Bonne leçon socratique, déjà reçue par Phèdre :

- Ce qu’il y a même (...) de terrible dans l’écriture, c’est, Phèdre, sa ressemblance avec la peinture : les rejetons de celle-ci ne se présentent-ils pas comme des êtres vivants, mais ne se taisent-ils pas quand on les interroge ? Il en est de même pour les discours écrits : on croirait que ce qu’ils disent, il y pensent ; mais, si on les interroge sur tel point de ce qu’ils disent, avec l’intention de s’instruire, c’est une chose unique qu’ils donnent à comprendre, une seule, toujours la même ! (Platon 1950 : 76).

Que nul ne me lise s’il n’est psychanalyste ! Car il faut bien avoir quelque "connaissance expérientielle collatérale", comme le dit Peirce, de l’objet dont il est question pour pouvoir accéder par ses propres moyens au discours, et tout particulièrement à l’écrit dont les signes "guident celui qui les sait sur un chemin incertain".

Nous voudrions, pour notre part, tenir un pari difficile, à savoir celui qui consiste à tenter de clarifier quelques hypothèses fondamentales de Lacan à l’aide d’une oeuvre bien plus obscure encore, celle du logicien, philosophe, mathématicien, chimiste, astronome, psychologue, etc... américain Charles Sanders Peirce. . Lacan lui-même ne nous y invite-t-il pas ce 23 mai 1962 lorsqu’au cours du séminaire qu’il consacre à "l’identification", il annonce à ses auditeurs :

- J’ouvrais récemment un excellent livre d’un auteur américain dont on peut dire que l’œuvre accroît le patrimoine de la pensée et de l’élucidation logique. Je ne dirai pas son nom parce que vous allez chercher qui c’est. Et pourquoi est-ce que je ne le fais pas ? Parce que, moi, j’ai eu la surprise de trouver dans les pages où il travaille si bien un tel sens si vif de l’actualité du progrès de la logique, où justement mon huit intérieur intervient. Il n’en fait pas du tout le même usage que moi. Néanmoins je me suis amené à la pensée que quelques mandarins parmi mes auditeurs viendraient me dire un jour que c’est là que j’ai pêché (Lacan 1962 : II/449).

A-t-il pêché chez Peirce - ou "péché" comme l’indique l’ouvrage en question en un lapsus calami des plus redoutables ? Qu’importe. L’influence de ce dernier est suffisamment assurée pour que Lacan revienne à plusieurs reprises à ses écrits, soulignant toujours l’immense apport de Peirce et dessinant les rapports étroits de leurs conceptions réciproques.
Il est, bien entendu, hors de question dans le cadre de cet article de donner plus que quelques aperçus sur ces rapports. Nous en avons entamé les développements préalables dans notre ouvrage (Balat 1991b). Il nous paraît cependant intéressant d’approcher à nouveau deux questions, celle des catégories et celle du signifiant, afin d’aborder une nouvelle construction, celle du "musement", pour mettre à l’épreuve la validité des connexions entre les discours lacanien et peircien.

Les catégories

Un des maîtres mots de la philosophie de Peirce est certainement la continuité. Sous le nom de "synéchisme", il en a fait un des trois niveaux de développement de la réalité, les deux autres étant le tychisme - en quoi le hasard absolu est agissant dans le monde - et l’anancisme - expression de l’action nécessaire comme réellement présente dans la constitution de la réalité. En fait tychisme, anancisme et synéchisme - dans l’ordre - sont, respectivement, des conceptions issues des trois catégories fondamentales, à savoir, Priméité, Secondéité et Tiercéité ou, comme nous préférons les appeler (en traduisant les termes mêmes de Peirce, respectivement Originality, Obsistence et Transuasion), Originalité, Obsistence (condensation de objet et existence) et Transuasion (condensation de transfert et persuasion). Ces trois catégories sont issues, en leur pleine signification, de l’étude de la logique des relations à laquelle Peirce a tant contribué. De la reconnaissance du fait que toute relation d’ordre pluriel est logiquement décomposable par combinaison de relations monadiques, dyadiques et triadiques, il s’ensuit que ces trois types relationnels sont la marque de propriétés fondamentales de type catégoriel, à savoir ce qui est tel qu’il est - correspondant à la relation monadique - ce qui est par un autre - relation dyadique - et ce qui est en mettant en relation les deux précédents - relation triadique. Bien entendu une prise de position est sous-jacente - mais explicite chez Peirce : la logique est dans le monde. Scruter scrupuleusement et inlassablement les apparences (le phaneron), sans se laisser détourner de cette tâche par la supposition d’un inconnaissable quel qu’il soit (l’inconnu n’est pas inconnaissable), est, pour Peirce, l’indéfini travail à quoi nous nous consacrons. On comprendra dès lors le rôle central de la sémiose - processus signique - dans la construction du réel.

Comme l’indique Deledalle (1990), la portée de l’ontologie classique est, chez Peirce, fort réduite. L’"être" est une relation copulative et se confond avec la relation. L’Original peut être, l’Obsistant se trouve être et le Transuasif serait. S’il nous fallait trouver une formule qui rassemble iconiquement ces trois niveaux de la réalité, ce serait une fraction du type :

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à condition toutefois d’admettre, pour saisir la pleine signification de cette formule que

- la proportion en général est une équivalence ou égalité analogique. La notion de rapport précède logiquement celle de proportion dont elle est un élément (...). La proportion, elle, conformément à la définition d’Euclide, est "l’équivalence de deux rapports", la relation analogique entre deux comparaisons ; lorsque cette équivalence est l’égalité de deux rapports algébriques, nous avons A/B = C/D ou a/b = c/d, si a, b, c, d sont les nombres qui mesurent les grandeurs A, B, C, D, avec la même unité. Ce qui peut s’énoncer : "A est à B comme C est à D", expression qui montre immédiatement la relation entre cette égalité et le Principe d’Analogie. Du reste, comme le remarque déjà Vitruve, la proportion géométrique s’appelle en grec ????????, analogie (Ghyka 1952 : 43-4).

Cette défiance vis-à-vis de l’ontologie se trouve aussi chez Lacan :

- Ce à quoi il faut nous rompre, c’est à substituer à cet être qui fuirait le par-être, soit l’être para, l’être à côté. Je dis le par-être, et non le paraître, comme on l’a dit depuis toujours, le phénomène, ce au-delà de quoi il y aurait cette chose, noumêne - elle nous a en effet menés à toutes les opacifications qui se dénomment justement de l’obscurantisme. (...) Il faudrait apprendre à conjuguer comme il se doit - je par-suis, tu par-es, il par-est, nous par-sommes, et ainsi de suite (Lacan 1975 : 44).

Trois catégories chez Peirce, trois chez Lacan - l’Imaginaire, le Réel et le Symbolique - ne faudrait-il pas en conclure à une intime correspondance entre elles ? Lacan nous y invite :

- Tout objet, sauf l’objet dit par moi a, qui est un absolu, tout objet tient à une relation. L’ennuyeux est qu’il y ait le langage, et que les relations s’y expriment avec des épithètes. Les épithètes, ça pousse au oui ou non. Un nommé Charles Sanders Peirce a construit là-dessus sa logique à lui, qui, du fait de l’accent qu’il met sur la relation, l’amène à faire une logique trinitaire. C’est tout à fait la même voie que je suis, à ceci près que j’appelle les choses dont il s’agit par leur nom - symbolique, imaginaire et réel, dans le bon ordre (Ornicar N°9 : 33).

Le symbolique y est donc premier. C’est que Lacan prend pour point de départ le langage et plus particulièrement le signifiant, et nous verrons plus loin en quoi il y a effectivement "du" premier dans le "signifiant" lorsque nous comparerons les deux approches. Le symbolique est, bien entendu, troisième chez Peirce et ressortit donc à la Transuasion. Car la démarche peircienne met en relief un mode d’analyse "abstractive", la "préscision", qui

- consiste en la supposition d’un état de chose en lequel un élément est présent sans l’autre, l’un étant logiquement possible sans l’autre. Ainsi, nous ne pouvons imaginer une qualité sensorielle sans quelque degré d’éclat. Mais nous supposons habituellement que la rougéité, telle qu’elle est dans les choses rouges, n’a pas d’éclat ; et il serait certainement impossible de démontrer que chaque chose rouge doit avoir un degré d’éclat (...). Il est possible de préscinder la Priméité de la Secondéité. Nous pouvons supposer un être dont la vie entière consiste en un sentiment invariant de rougéité. Mais il est impossible de préscinder la Secondéité de la Priméité. Car supposer deux choses est supposer deux unités ; et quelque incolore et indéfini que puisse être un objet, il est quelque chose, et a donc de la Priméité, même si on ne peut rien lui reconnaître comme qualité. Toute chose doit avoir un élément non-relationnel ; et c’est sa Priméité. De même il est possible de préscinder la Secondéité de la Tiercéité. Mais de la Tiercéité sans Secondéité serait absurde (MS 478 : 34-7).

Dès lors, on peut bien reconnaître le fait que les choses commencent toujours par être signifiées, donc transuasives, sans pour autant écarter que leur mode d’être puisse référer aux deux autres catégories. Là encore, le pivot en sera le signifiant.

Disons tout de suite que nous avons de longue date établi des relations entre Originalité et Imaginaire, Obsistence et Réel, Transuasion et Symbolique. Non que nous les ayons identifiées respectivement, mais nous avons montré comment penser les trois catégories de Lacan à partir de celles de Peirce (Balat e.g.1986, 1988 et 1991b). D’autant que Lacan, partant du symbolique, nous indique immédiatement qu’il va falloir considérer ses catégories comme des degrés de la Transuasion. Originalité et Obsistence n’en interviennent pas moins dans l’analyse. Nous avons montré que l’Imaginaire pouvait être pensé comme l’originalité d’un transuasif, alors que le Réel en était l’obsistence. Nous faisions alors appel ainsi à cette notion peircienne si profonde - tirée des mathématiques -, celle du degré de dégénérescence. Les catégories de Lacan sont des catégories, respectivement, authentique (le Symbolique), dégénérée une fois (le Réel) et dégénérée deux fois (l’Imaginaire) de la Transuasion.

Imaginaire et Originalité

Ainsi l’Imaginaire est-il de l’ordre catégoriel de la Priméité ou Originalité lorsque celle-ci réfère à la semiosis, processus signique (que nous appellerons ici "sémiose"). Si, en sa priméité ou originalité, l’être monadique - quasi non-relationnel - d’une chose renvoie à la "qualité du sentiment" ou, comme l’indique à plusieurs reprise Deledalle (e.g. Peirce 1978 : 205-6 ; Deledalle 1990 : 56), à l’"affection simple" de Maine de Biran, elle peut avoir en elle-même la priméité d’un transuasif. Pour éclairer cet aspect, voici un bref résumé de la doctrine biranienne sur le sujet, donné par Delbos :

- Il y a dans l’homme une vie affective sans conscience, c’est-à-dire sans attribution au moi. (...) La sensation, réputée simple depuis Locke, se résout (...) en deux parties : l’une qui affecte sans représenter, l’autre qui représente sans affecter. (...) Outre les éléments affectifs compris dans chacun de nos sens externes, il y a aussi en nous un état affectif général qui précède toutes les modifications causées par les impressions quelles qu’elles soient, externes ou internes ; et cet état, selon les modifications qu’il reçoit, devient agréable ou pénible et détermine des mouvements de réaction en conséquence (...). Certes, ces états affectifs enveloppent un sentiment immédiat d’eux-mêmes, et à ce titre ils ne sont pas purement organiques. Mais il y aurait un abus de langage à les déclarer proprement conscients, alors que la conscience suppose la distinction du sujet et de l’objet et que dans ces états sujet et objet sont confondus (1919 : 313-4).

Lacan, introduisant l’Imaginaire, élargit le domaine dont il vient d’être question en posant l’élément relationnel sous l’angle de l’Originalité. L’identification, qui concerne au premier chef la dimension imaginaire (même si, bien entendu, on ne saurait la réduire à elle), va précipiter - au sens chimique du terme - le médiat dans l’immédiat. La fameuse "assomption jubilatoire de son image spéculaire" par l’enfant dans la phase dite "du miroir" est conçue comme une "matrice symbolique" où, nous dira-t-il en une formule où se résume bien ce que nous soutenons ici, "le je se précipite en une forme primordiale, avant qu’il ne s’objective dans la dialectique de l’identification à l’autre et que le langage ne lui restitue dans l’universel sa fonction de sujet" (Lacan 1966 : 94 - c’est nous qui soulignons). Les trois catégories de Peirce sont indiquées ici par les termes soulignés, originalité de la forme primordiale, obsistence de l’objectivation et transuasion du langage, les deux derniers moments n’étant encore qu’en germe (matriciel) dans la forme première. Non pas pure forme, mais forme déjà "travaillée" par les deux autres instances, voilà en quoi l’imaginaire en sa constitution n’est pas "pure" originalité. D’autant que par la suite, Lacan saura mettre l’accent sur l’instigation à l’acte reçue de l’Imaginaire, allant jusqu’à interroger la place de l’image - parfois trompeuse - dans la conduite sexuelle des animaux :

- Ce que montre l’étude des cycles instinctuels chez les animaux, c’est précisément leur dépendance d’un certain nombre de déclencheurs, de mécanismes de déclenchement qui sont essentiellement d’ordre imaginaire (...). Mais d’autres comportements (cf. les études de Lorenz sur les fonctions de l’image dans le cycle du nourrissage) montrent que l’imaginaire joue un rôle tout aussi éminent que dans l’ordre des comportements sexuels. Et du reste, chez l’homme, c’est toujours sur ce plan, et principalement sur ce plan, que nous nous trouvons devant ce phénomène (Lacan 1985 : 405).

Ici la vérité n’a pas la place - qu’elle ne recevra que du monde symbolique "L’imaginaire est déchiffrable seulement s’il est traduit en symboles" (Lacan 1985 : 247). Retenons donc que la dimension imaginaire est caractéristique du vivant qua vivant, dans ses aspects phylogéniques et ontogéniques, non sans noter qu’il y a chez Lacan une conception très large de cette catégorie puisqu’elle ira jusqu’à couvrir quantité de phénomènes dont on ne puisse dire strictement qu’ils sont humains. Mais nous sommes déjà averti par ce qu’il dira plus tard à propos de Pavlov et de sa fameuse expérience - à savoir que le bruit de trompette représente Pavlov, comme sujet de la science, pour la sécrétion gastrique (Lacan 1982 : 19) - pour ne pas déduire de cette insistance sur l’instinct et l’observation de la vie animale un quelconque penchant behavioriste chez Lacan ni une quelconque définition pan-vitaliste de la fonction imaginaire : répétons-le, il s’agit d’une conception dans la dimension langagière, ou plutôt transuasive.

Réel et Obsistence

Nous abordons, avec la dimension du Réel une des questions les plus passionnantes - et sans doute les plus difficiles - concernant ce domaine des catégories.

Tout d’abord, si chez Peirce la notion d’obsistence ne fait a priori aucune difficulté sur le plan définitionnel, il n’en est pas de même pour celle de Réel chez Lacan. Cette catégorie est l’une des plus évolutives de son cheminement intellectuel - étant entendu qu’il y aurait à faire l’histoire des concepts chez Lacan, tâche dans laquelle, par exemple, Philippe Julien (1985) s’est engagé non sans quelque succès. Car Lacan n’avait pas dès l’origine une hypothèse triadique aussi claire que celle qu’il développera plus tard. Celle-ci a été constituée par lui in vivo, dans l’observation - au sens large, c’est-à-dire incluant l’élément théorique, le discours freudien, la pratique analytique, la nécessité où il s’était mis d’avoir à conceptualiser publiquement, etc... Il lui sera longtemps difficile d’affirmer basiquement le lien triadique de ses catégories, ainsi qu’il le fait dans les années 70.

Durant plusieurs années, c’est souvent dans un système d’oppositions dyadiques qu’il se bornera à faire sentir à ses auditeurs le contenu même de ces concepts. Ce sera parfois, comme dans une conférence intitulée "Le symbolique, l’imaginaire et le réel" (Lacan 1985 : 403-29), dans une réponse à des questions posées par les auditeurs qu’il sera amené à définir la troisième catégorie absente (cas du réel dans cette conférence). C’est à partir du séminaire ...ou pire, au cours duquel ses auditeurs rencontrent Peirce de manière plus approfondie, qu’il découvre les noeuds borroméens. Dès lors l’aspect triadique des catégories l’emporte sur la définition de leur contenu, ainsi qu’il en témoigne lui-même :

Freud n’avait pas de l’imaginaire, du symbolique et du réel la notion que j’ai - qui est le minimum, car appelez-les comme vous voudrez, pourvu qu’il y ait trois consistances, vous aurez le nœud. Pourtant, s’il n’avait pas l’idée de RSI, il en avait quand même un soupçon. Et ce qu’il a fait n’est pas sans se rapporter à l’ex-sistence, et partant, de s’approcher du nœud. D’ailleurs, le fait est que j’ai pu extraire mes trois de son discours, avec le temps et de la patience. J’ai commencé par l’imaginaire, j’ai dû mâcher ensuite l’histoire du symbolique, avec cette référence linguistique pour laquelle je n’ai pas trouvé tout ce qui m’aurait arrangé, et j’ai fini par vous sortir ce fameux réel sous la forme même du nœud (Ornicar N°3 : 102).

Quel est donc le contenu de cette catégorie ? Lacan fait le résumé de son élaboration sur la question : "Le réel, c’est ce qui revient toujours à la même place" ; "à le définir, ce réel, c’est de l’impossible d’une modalité logique que j’ai essayé de le pointer" ; "le réel n’est pas le monde. Il n’y a aucun espoir d’atteindre le réel par la représentation" (Lacan 1985 : 547-8).

On connaît l’exemple de la "lettre volée" (Lacan 1966 : 11-61) qui exemplifie ce contenu du Réel par lequel il "revient à la même place". N’est-ce pas précisément l’obsistence de cette lettre qui la fait constamment revenir ? La lettre volée à la Reine est cachée par le ministre dans son bureau de manière telle qu’elle n’est pas à la place où la pensée des policiers chargés de la retrouver puisse seulement imaginer qu’elle soit. Dès lors, malgré les recherches minutieuses où pas un millimètre carré d’espace n’a été sondé, ces derniers repartiront bredouilles. C’est donc de ne pas être à sa place que la lettre échappe aux investigations. Mais cette place -toute imaginaire qu’elle paraisse être comme place "possible" - est en fait déterminée par un système symbolique. Est-ce donc celui-ci qui constitue la place ? En fait non, car la lettre est là, insiste ; Lacan dira que "pour le réel, quelque bouleversement qu’on puisse y apporter, il y est toujours et en tous cas, à sa place, il l’emporte collée à sa semelle, sans rien connaître qui puisse l’en exiler". Il semble donc qu’ainsi Lacan puisse envisager une "place" non déterminée par le symbolique : la pensée gouverne, le réel détermine. Si nous avions l’illusion d’une parfaite maîtrise de ce réel par le système symbolique - des places symboliques, c’est-à-dire des positions - la lettre volée nous montrerait qu’il n’en est rien : elle définit un certain genre de place, un genre secondal, obsistant. Notons que la dimension imaginaire se trouve tout aussi bien mise en échec ici. Quoi que je puisse en imaginer ou en dire, cette lettre est là ...et je ne la vois pas. Sa place est dans le monde obsistant, celui de l’existence dyadique des corps, hors de portée immédiate de mes compétences imaginaire et symbolique sédimentées. Mais ce réel je finis par le rencontrer, ne serait-ce que dans la dimension de la tuché, du hasard.

On peut comprendre dès lors pourquoi, avec le Réel, commence la présence insistante de l’impossible. Dans la dimension de l’obsistence, on ne peut prédiquer tout et le contraire de tout d’un sujet. La lettre volée est bien en un endroit parfaitement déterminé a priori - c’est sa dimension obsistante - c’est-à-dire qu’étant donné un quelconque prédicat, A je ne puis hic et nunc attribuer à la fois A et non-A à la lettre comme sujet. Par exemple, "elle est à tel endroit précis de la pièce" et "elle n’est pas à ce même endroit de la pièce" est inconcevable pour cette lettre réelle. C’est ainsi que Peirce définissait des prédicats incompossibles (cf. Balat 1991a). Mais nous n’en sommes pas quittes avec cette seule approche, car pour Lacan, placé dans la dimension transuasive, la lettre volée ne peut être, en l’état (policier), atteinte par la représentation.

Bornons-nous à nouer ensemble ces deux considérations d’existence (obsistence) et d’impossibilité (incompossibilité de prédicats) pour assurer le contenu du Réel lacanien dans deux de ses dimensions. Car, fruit de la transuasion-tiercéité, il nous faudra attendre les développements sémiotiques pour rendre compte de sa troisième dimension. Bornons-nous à présenter celle-ci à partir d’un livre étonnant, Histoire sans fin de Michael Ende. Dans sa recherche, Atreju doit franchir un passage gardé par deux sphinx. Interrogeant Engywuck - l’homme de science, un gnome -, il demande s’il y a des conditions particulières pour qu’un être puisse passer par là sans encombre.

Engywuck répond :

- (...) face à certains visiteurs, les Sphinx ferment les yeux et laissent passer. Mais la question que personne jusqu’à présent n’a éclaircie, c’est de savoir pourquoi un tel et pas un tel autre.(...) Au fil des ans, j’ai naturellement élaboré quelques théories. J’ai d’abord pensé que le facteur décisif d’après lequel les Sphinx jugeaient, c’étaient peut-être certaines caractéristiques physiques - poids, beauté ou quelque chose de ce genre. Mais j’ai dû abandonner très vite. J’ai ensuite cherché à établir certains rapports numériques : par exemple que sur cinq candidats, il y en avait toujours trois d’éliminés, ou que seuls ceux qui portaient comme numéro d’ordre un nombre premier avaient droit d’accès. Cela marchait tout à fait pour ce qui concernait le passé, mais quand il s’agissait de faire des pronostics ça ne collait plus du tout. Depuis, mon opinion est que la décision des Sphinx est absolument fortuite et dénuée de sens. Mais ma femme soutient que c’est une opinion blasphématoire, qui traduit mon manque d’imagination et n’a rien de scientifique (Op. cit. : 119).

Symbolique et Transuasion : signe et signifiant

Nous entamons ici la transition vers le sémiotique. Car il est clair aussi bien chez l’un que chez l’autre que nous touchons, avec le symbolique ou le transuasif, à la dimension du signe. C’est sans doute ici que l’apport de Peirce va s’avérer des plus utiles pour nous permettre de rendre plus accessible cette partie de l’élaboration de Lacan concernant le "signifiant".

Qu’il nous soit permis tout d’abord de lever une confusion largement entretenue au sujet de cette dernière notion. Dans un premier temps, Lacan tente un "raid" chez Saussure, lui empruntant le terme "signifiant", "oubliant" volontairement que signifiant et signifié sont indéfectiblement liés dans le "signe" (linguistique). Afin de permettre au signifiant de prendre son autonomie, Lacan crée le concept de "point de capiton" (le point de capitonnage des matelassiers) afin de maintenir l’idée de connexion entre le flot des signifiants et celui des signifiés, mais de connexion non rigide, de connexion fluctuante. Puis, conséquence de cela, il posera que le signifiant ne saurait "signifier" autre chose (au sens du signifié) que des signifiants. Ayant ainsi homogénéisé l’espace des signifiants, il constituera sa topologie, tour à tour tore, bande de Moebius, plan projectif ou bouteille de Klein. Si, localement, cet espace peut être constitué d’un avers et d’un revers, il n’en est pas de même globalement.

Il est clair qu’ici Lacan a commis ce qu’on pourrait appeler une erreur géniale et fructueuse. Toute sa réflexion montre que la pensée dyadique lui était étrangère : comment a-t-il pu se livrer à une opération essentiellement vouée à l’échec, à savoir, celle de fabriquer du "3" à partir de "2" ? La "triadicisation" de Saussure était peut-être une opération possible en référence à la pensée de Saussure lui-même, mais certainement pas à partir du Saussure du Cours ni, en tous les cas, de l’enseignement promu par cette nouvelle et riche science linguistique. Les fines analyses de Michel Arrivé (1986) ne peuvent que nous convaincre de l’impossibilité d’un accord : impossibilité reconnue par Lacan lui-même qui décide amèrement et ironiquement de baptiser "linguisterie" tous les éléments de son cru tirés de la linguistique.
Tournons-nous maintenant vers Peirce et sa sémiotique.

Tout d’abord, l’objet même de la sémiotique peircienne est la sémiose, le processus de signification tant dans sa structure (relationnelle triadique), sa dynamique (le signe-action, les modes d’inférence), que dans son économie (le pragmaticisme). La sémiotique est une théorie des processus signiques. L’outil conceptuel qui prend en compte le processus, nous l’appelons, après Peirce, la semiosis ou "sémiose".

Cette dernière est l’action véritablement triadique qui engage une tri-coopération entre un representamen, un objet et un interprétant, de manière qu’aucune relation dyadique entre deux des composantes ne permette de rendre compte du processus complet. Bien entendu, apparaît dès lors le résultat, si l’on peut dire, du processus, et c’est lui que nous appellerons "signe". Un signe est ainsi une structure triadique dont le développement processuel donne lieu à la semiosis ou sémiose. C’est donc proprement la relation triadique, incluant ses sujets, elle-même.

L’élément premier du signe, le premier sujet de la relation triadique, nous l’appellerons, tout comme Peirce, le "representamen". Le representamen sera donc un élément, le premier dans l’ordre, du signe triadique, ou le "déclancheur" de la sémiose, suivant les contextes.

Analytiquement conçu, le signe est ainsi la relation triadique authentique de trois "éléments" : le representamen, l’objet et l’interprétant, résumant, en quelque sorte, le processus - la sémiose - qui conduit, à partir du representamen, un continu d’interprétants à produire un objet. L’élément premier de celle-ci est le representamen : c’est lui que nous tenons pour l’analogue du "point" dans la mesure où, précisément, les interprétants successifs ne sauraient être autre chose que des representamens. L’objet lui-même, dans une de ses acceptions (l’objet qualifié d’"immédiat" par Peirce) n’est autre qu’un representamen. Mais, dans la sémiose, l’interprétant du representamen devient à son tour representamen du même objet pour un nouvel interprétant, et ceci indéfiniment. Nous verrons un peu plus loin en quoi cette régression à l’infini ne nous conduit pas à l’abdication sceptique.

Dans sa dynamique, la sémiose met en lumière les processus inférentiels de la pensée : l’abduction - ou constitution de l’hypothèse -, la déduction, et l’induction - au sens de vérification. De ces trois modes de l’inférence, le premier est tout particulièrement digne de retenir notre attention dans le domaine de la psychanalyse puisque c’est autour de lui que s’articule l’hypothèse freudienne de l’inconscient (Balat e.g. 1991a et b).

En sa dimension économique, autour du concept d’"habitude conditionnelle", la sémiose révèle la richesse du pragmaticisme peircien. Ce dernier diffère fondamentalement du pragmatisme en ceci que, loin d’être behavioriste il considère précisément les habitudes comme conditionnelles et, dès lors, insiste sur la constitution et le développement des méthodes plus que sur les effets pratiques de ces dernières.

Deux "maximes" du pragmatisme, dont Peirce est le père fondateur (cf. Deledalle 1971) sont ici à retenir : "Un concept entre par la porte de la perception et ressort par celle de l’action" et "Considérer quels sont les effets pratiques que nous pensons pouvoir être produits par l’objet de notre conception. La conception de tous ces effets est la conception complète de l’objet". Plus tard (en 1903), Peirce donnera une définition du pragmatisme qui est la suivante : "Le pragmatisme est le principe suivant lequel chaque jugement théorique exprimable en une phrase au mode indicatif est une forme confuse de pensée dont la seule signification (meaning), si elle en a une, réside dans sa tendance à renforcer une maxime pratique correspondante exprimable comme une phrase conditionnelle ayant son apodose au mode impératif" (5-18).

"Si ton épée est trop courte, avance d’un pas !" disait une mère spartiate à son fils qui, partant à la guerre, se plaignait de la petite taille de son épée. Généralisée, c’est une maxime pratique exprimée en une phrase conditionnelle, et ayant son apodose au mode impératif. On voit d’ailleurs que, chez Peirce comme chez Lacan, il n’est de fait que de fait de discours. Si tous les jugements "exprimables au mode indicatif" renforcent certaines maximes pratiques "exprimables comme une phrase conditionnelle dont l’apodose est au mode impératif", c’est qu’en quelque sorte celles-ci sont le noyau de ceux-là. "Tous les hommes sont mortels" (jugement au mode indicatif) ; "Si tu es un homme, meurs !" (noyau). Nous retrouvons le conseil de la mère spartiate.

Si, dans la troisième maxime, Peirce dit "exprimable", il ne dit pas "exprimé" ! Bien entendu. De même que dans la seconde, il évoque les effets pratiques "que nous pensons pouvoir" être produits. N’oublions pas que nous sommes chez Peirce dans une logique de l’enquête. Il est donc clair que l’interprétant ultime d’une sémiose doit avoir dans son être une part hypothétique, même s’il paraît "trancher dans le vif". Cette pipe - actuellement dans ma bouche - a sa qualité de pipe dans la mesure où je puis en attendre tout un ensemble de services pouvant être sollicités à tout instant. En ce sens là, la position de l’interprétant est effectivement au futur, inclus dans un conditionnel. La part de l’impératif est, elle, l’acte en tant qu’acte signifiant puisque moment propre d’une sémiose. Là est la clef du concept peircien d’"objet dynamique" comme produit de la sémiose : c’est une habitude conditionnelle.

Dès lors - et nous verrons plus loin en quoi l’objet occupe différentes positions dans la conception peircienne - si l’objet est produit par la sémiose comme habitude conditionnelle, nous pouvons comprendre qu’il ne peut, comme tel, être "atteint par la représentation". Le processus de construction de l’objet, la sémiosis infinie (mais non illimitée, précisément), "tend vers" l’objet, sa limite au sens mathématique. Nous sommes là dans le registre du synéchisme, de la continuité, qui nous permet de penser des processus infinis et pourtant limités (tant spatialement que temporellement, par exemple). La structure de la sémiose où l’interprétant "devient à son tour" representamen de l’objet pour un autre interprétant qui, à son tour, "devient"..., s’appuie sur la continuité des univers peirciens. S’il nous faut malgré tout renoncer à pouvoir faire autre chose que d’approcher par la représentation l’obsistence, qui nous est donné dans l’expérience, il n’en est pas moins vrai que la sémiose est un processus qui nous conduit "aussi près que l’on veut" de l’objet existant. Avec la notion de sémiose nous pouvons ainsi toucher du doigt en quoi la "représentation" ne peut "atteindre" son objet, comme l’indique Lacan dans la troisième acception - ou propriété - du réel. On peut ainsi comprendre que l’objet a de Lacan soit considéré par lui comme non relatif (c’est-à-dire comme ne tenant pas à une relation) quoique présupposant le déploiement de la sémiose triadique.

Signifiant et representamen

Il peut apparaître maintenant une profonde identité dans l’approche peircienne du representamen et celle, lacanienne, du signifiant. Dans les deux cas, nous disposons d’un concept "originaire" du signe, véritable fondement de ce dernier. Car le signifiant ou le representamen est un premier et, dès lors, il n’est nul besoin de supposer en antériorité ce qui ne saurait apparaître logiquement qu’après. La formule de Lacan est : "Un signifiant est ce qui représente le sujet pour un autre signifiant". La préoccupation est pour lui, bien entendu, de donner au signifiant une présence première par rapport au sujet qu’il constitue. Pour Peirce le representamen est premier, l’objet second et l’interprétant troisième : l’ordre est logique. Dans la sémiose - la production de l’objet - le representamen est toujours premier, mais l’interprétant second et l’objet produit (l’objet dit "dynamique") troisième. A posteriori, dans une des conceptions de la détermination du signe, l’objet dynamique pourra toujours être considéré comme premier, le representamen second et l’interprétant troisième. Tout dépend donc ici du mode d’inférence dans lequel nous nous situons, c’est-à-dire de la position de l’objet (tour à tour, respectivement, second, troisième et premier). On sait que, sur des positions voisines, Lacan a construit sa théorie des "discours" (e.g. Balat 1991b).
Le representamen est susceptible de se présenter suivant trois modes d’être, comme premier de la relation triadique qui le lie à l’objet et à l’interprétant. Nous avons là une référence aux Catégories ou aux Univers peirciens. Suivant l’univers sous le mode duquel le representamen apparaît, le signe sera un "ton" (tone), si l’univers est celui des possibles (originaux), une "trace" (token) si c’est celui de l’Actualité (obsistants), un "type" (type) si c’est celui des Nécessitants (transuasifs). (Peirce donnera d’autres termes pour cette classification : respectivement, qualisigne, sinsigne, légisigne). Nous sommes là dans le cadre de la "grammaire spéculative" ou "grammaire pure", à savoir, "ce qui doit être vrai du representamen utilisé par toute intelligence scientifique pour qu’il puisse recevoir une signification (meaning)". Rappelons pour mémoire les deux autres divisions de l’étude des signes : la "logique", "science de ce qui est quasi-nécessairement vrai des representamens d’une intelligence scientifique pour qu’ils puissent valoir pour n’importe quel objet, c’est-à-dire pour qu’ils soient vrais", et la "rhétorique pure" dont la tâche est de "découvrir les lois grâce auxquelles dans toute intelligence scientifique, un signe donne naissance à un autre".

Envisagé comme pensée, un representamen est une idée générale, envisagé comme objet, il est dans le monde et, en tout état de cause, il est un "ton" (proche de l’"affection simple") : le synéchisme peircien nous permet ainsi de considérer ce qu’on appelle usuellement, mais souvent fautivement, des "éléments" dans le cadre structurel où ils sont posés ; rien n’est "en soi". Mais sommes-nous pour autant au plus près du signifiant lacanien ? Oui si, développant avec Peirce la conception du representamen comme idée générale, nous voyons que,

- la personnalité est quelque type de coordination ou connexion d’idées. Mais c’est peut-être trop peu dire. Quand nous considérons que (...) une connexion entre idées est elle-même une idée générale, et qu’une idée générale est un sentiment (feeling) vivant, il est clair que nous avons au moins fait un pas appréciable vers la compréhension de la personnalité. (...) Mais le terme coordination implique quelque chose de plus que cela ; il implique une harmonie téléologique dans les idées, et dans le cas de la personnalité, cette téléologie est plus qu’une simple poursuite vectorisée d’une fin prédéterminée ; c’est une téléologie développementale. C’est cela le caractère personnel. Une idée générale, vivante et consciente maintenant, est déjà déterminative d’actes dans le futur jusqu’à un point dont elle n’est pas maintenant consciente. (...) Cette référence au futur est un élément essentiel de la personnalité. Si les fins d’une personne étaient déjà explicites, il n’y aurait pas place pour le développement, pour la croissance, pour la vie ; et par conséquent il n’y aurait pas de personnalité. Le simple transfert de buts prédéterminés est mécanique (6.155/6/7).

L’interprétant, dans la sémiose, étant à son tour representamen (du même objet) et ayant lui-même ses interprétants, nous pouvons voir qu’à envisager la sémiose non plus sous l’angle du système representamen/objet/interprétant, mais comme chaîne (continue) de representamens, c’est-à-dire sans la considération directe de l’objet "représenté", ce que Peirce appelle la "personnalité" devient ce qui se tisse continûment sous cette chaîne, à savoir le sujet. C’est en quoi Peirce, comme, Lacan considère le "sujet" non comme un donné a priori, comme la condition de la sémiose, mais, bien au contraire, comme, à la fois, nécessité continûment par cette dernière de telle manière qu’elle y réfère constamment. Peirce dira d’ailleurs que la pensée n’est pas dans l’homme, mais que bien plutôt l’homme est dans sa pensée, ou, mieux, dans son penser.

Il sera sémiotiquement nécessaire que tous les "pensers" soient des déterminations d’un seul "quelque chose" correspondant à un esprit, - je l’appellerais un quasi-esprit. Sinon deux prémisses distinctes seraient simplement, par leur être même, pensées simultanément, mais non, par le fait, "copulées" en une seule prémisse et ainsi prises ensemble, de telle manière que l’une serait pensée par vous, indulgent lecteur, à l’intant même ou l’autre serait pensée par le Mikado. Comme les pensers sont tous des déterminations d’un quasi-esprit, et donc sont des signes, il s’ensuit que le quasi-esprit est lui-même un signe. Sa fonction d’amener les différents pensers en interréférence requiert, car c’est un signe, qu’il ait comme objet cet univers singulier ou ce simple corps d’univers auquel le cours entier du penser se relie en toute occasion. On peut même le considérer comme une instance des jugements, assertant tout ce qui est tacitement nécessaire dans la discussion, c’est-à-dire tout ce qui, sans être effectivement et explicitement pensé, influence cependant, comme habitude du penser, les conclusions, comme s’il était effectivement pensé (MS 292).

Nous allons voir maintenant une illustration de cette vision du "quasi-esprit" à propos du "musement". Bien entendu, ces considérations présupposent une conception de l’esprit (mind) non réductible à la conscience. Et c’est bien ainsi que Peirce l’envisageait, disant, par exemple que

- si la psychologie était réduite au phénomène de la conscience, l’établissement des associations mentales, la prise d’habitudes, qui sont en fait la Place du Marché de la psychologie, seraient hors de ses boulevards. Considérer de telles parties de la psychologie - qui sont, en tout point, ses parties essentielles - comme des études du phénomène de la conscience, reviendrait, pour un ichtyologiste, à dire que sa science est l’étude de l’eau (7.367).

Le tonal et l’Autre

Ayant développé dans plusieurs articles différentes questions concernant les rapports entre concepts chez Peirce et Lacan, nous ne pouvons que renvoyer le lecteur pour compléments à ceux-là (e.g. la conception du "ça" (Balat 1991a), de la dénégation (1989)).

Nous voudrions ici montrer en quoi ce travail d’assimilation réciproque des concepts peut être fructueux tant dans la branche sémiotique que dans celle de la psychanalyse, étant entendu qu’il ne s’agit en aucun cas de s’occuper simplement de la "consolidation" théorique, mais bien plutôt d’assurer le développement de recherches "techniques" ou cliniques.

La question qui se posait à nous était la suivante : dans quelle mesure peut-on parler d’une "écoute" particulière du psychanalyste ? Autrement dit, est-il possible de serrer de plus près ce que Freud appelle l’"attention flottante" ? On sait que, sur ce point, Lacan parlait de l’écoute du signifiant. Cette technique est, certes, très "parlante" et hautement recommandable, mais en quoi correspond-elle exactement à l’activité du psychanalyste ? Théoriquement, il est vrai que considérer l’interprétant comme un representamen est, très exactement, faire une impasse sur la signification, puisqu’on reporte alors ad libitum la production de l’objet (au sens peircien de la sémiose). Mais pratiquement, comment intégrer l’idée de scansion, de rythme, de cadence à l’écoute du psychanalyste ? On peut de la même manière se demander quel est le statut des associations d’idées qui guident l’analyste dans son écoute.

Hors du terrain propre de l’analyse, confrontés, par exemple, à la rééducation des comateux, nous nous trouvons devant la nécessité de répondre à la question du statut de la pensée chez le comateux : question hautement pratique, même si elle se donne a priori comme théorique.

Nous ferons appel ici encore à Peirce et sa "théorie" du musement (Deledalle 1990 pour la traduction de l’article de Peirce "Un argument négligé en faveur de la réalité de Dieu" 6.452/91). Nous donnerons en fait à ce "musement" une extension peut-être plus grande que celle que lui donne Peirce dans cet article. Ce "Jeu Pur" recouvre ces sortes d’activités mentales qui vont de "la contemplation esthétique" à "la contemplation de quelque merveille dans l’un des Univers ou de quelque connexion entre deux des trois Univers, avec spéculation sur sa cause" (Deledalle 1990 : 174). Dans le domaine de la psychanalyse le musement n’est pas sans rapport avec l’"association libre". Pour une part, tel que nous le concevons, il peut prendre la forme de ce genre de pensée auquel nous n’avons accès que lorsqu’un événement impromptu, discordant, nous le révèle. "Tiens, j’étais en train de penser...", phrase que nous lirons comme "j’étais en (un) train de pensée" (ou de penser, si nous prenons ce dernier terme comme l’activité même). Ce type de musement, premier, ne nous est pas directement accessible puisqu’alors que nous musions, aucune conscience ne nous en était donnée. Il se présente à nous comme l’hypothèse pure, le pur possible, une promenade dans l’Univers original, l’instant indéfiniment présent que l’actualité ou l’actualisation détruit irrémédiablement en lui fournissant un temps du passé. Dans sa plus haute activité, le musement construit, échafaude ce genre d’idées qui peut-être passera ou ne passera pas la barrière de l’expression sans s’évanouir tout à fait, mais dont l’évidence de la présence atteste la réalité.

Nous avons déjà employé un mot hérité du vieux français : le "penser". Le musement est, lui aussi, tiré de la littérature du moyen-âge. Car un des plus beaux exemples du musement nous est donné par le fameux passage du Conte du Graal où Perceval (Chrétien de Troyes 1990 : 131sq) "muse" sur trois gouttes de sang se détachant sur la neige qui lui rappellent la joue blanche et colorée de sa mie :

- Percevax sor les gotes muse

- tote la matinee et use

- tant que hors des tantes issirent

- escuier qui muser le virent

- et cuiderent qu’il somellast. (v. 4189/93)

Ainsi ce musement nous fait apparaître cette forme de representamen qui insiste sans pour cela atteindre l’actualité, à savoir ce que, plus haut, nous avons appelé le "ton". Le musement est essentiellement tonal, ce qui nous ouvre la possibilité de le considérer dans le cadre même de la sémiotique. De plus nous pouvons envisager une trichotomie des tons, donc du musement (cf. e. g. Balat 1990), en tons homotoniques, ou tons premiers, syntoniques, seconds et diatoniques, troisièmes. Nous pouvons évoquer le fait que les tons diatoniques sont intimement liés aux "types" (ou légisignes), c’est-à-dire, pour l’essentiel, au langage. Le diatonique est donc ce qui, dans le musement, manifeste l’apport de ce genre d’association que Peirce appelle "association de généraux" - étant entendu que cette dernière en présuppose d’autres (au sens de la "préscision" dont nous avons parlé plus haut), à savoir, l’association par ressemblance et celle par contiguïté. Il n’est sans doute pas nécessaire d’insister sur le fait que la tonalité diatonique sera une des bases de cette "écoute du psychanalyste" qui incorpore dans l’être tonal du signifiant toutes les possibilités de signification, aussi bien celles qui peuvent être, que celles qui sont, ou encore qui seraient, dans telle ou telle condition. Aussi bien ce n’est pas la signification actuelle qui prédomine dans le tonal, mais ces modes de pré-signification marqués aussi bien de la possibilité réelle que de la nécessité conditionnelle.

Mais envisager ainsi ce que nous pourrions appeler la "phanéroscopie" (ou phénoménologie) du tonal amène une nouvelle question, celle de la sémiose tonale. Certes cette dernière se voit privée des éléments d’actualité qui sont usuellement sa part. Pourtant Peirce nous indique une telle possibilité, à savoir le jeu de la triade representamen/objet immédiat/interprétant immédiat. Mais considérer l’interprétant immédiat comme un representamen ouvre à la fois à la structure de chaîne de la sémiose que nous appellerons alors "tonale" et à la structure dialogique des quasi-esprits que nous avons par ailleurs largement détaillée (cf. plus haut et Balat 1991b). Cette dernière structure permet de saisir le rapport de chaîne des representamens successifs comme une sorte de dialogue entre ce qu’après Lacan nous appelons le "sujet" et l’"Autre". La réalité de la sémiose tonale, à savoir le fait qu’elle soit ce qu’elle est indépendamment du fait que ce soit tel ou tel qui se la représente - et c’est bien là le sens de ce que nous pouvons entendre par "sémiose tonale" - amène à produire une hypothèse : celle de la réalité de l’Autre. La réalité de la sémiose tonale nous amène à penser que l’Autre doit être considéré comme indépendant des conditions temporelles, spatiales - actuelles en un mot - dans lesquelles il se manifeste, comme indépendant du fait que ce soit, disons, "moi" qui muse. L’Autre dont il est ici question possède une identité - certes vague, au sens peircien du terme - qui assure, fonde la réalité du musement, à savoir que ce dernier serait le même pour tout autrui placé dans des conditions absolument identiques. Il est évident que le sujet et l’Autre ne sont pas encore pleinement distingués en l’absence d’une actualité qui "vectorialise" le processus sémiosique. Pourtant ils sont là potentiellement, prêts à se scinder sous l’effet de l’actualisation d’un representamen. Le sujet muse avec l’Autre.

Nous pouvons ainsi nous représenter l’ensemble du phénomène de sémiose tonale comme le véritable fondement (ground) de toute sémiose - c’est probablement ainsi que Jean Oury entend la "sous-jacence". L’actualisation de la sémiose tonale en une sémiose "typique" (au sens du "type" peircien) n’est autre que ce que l’on appelle après Freud l’investissement d’une représentation (d’un representamen). L’"affect" freudien serait alors l’effet primaire du surgissement d’un type : nous suivons en cela Lacan pour qui "l’affect (...) est conçu comme ce qui d’une symbolisation primordiale conserve ses effets jusque dans la structuration discursive" (1966 : 383). On voit qu’ici s’ouvre ce que nous pourrions appeler le "travail" du système tonal par les "types", travail qui ne nous apparaît dès lors comme rien d’autre qu’une activité essentiellement interprétative. Les "types" constituent dans l’actualité des frayages dans le système potentiel qu’est le tonal.

Le musement est ce par quoi le tonal nous apparaît, il en est son contenu essentiel. Rappelons ici quelques résultats de notre article cité (1990). Les différents systèmes de tons se dessinent en référence aux différents genres de sémioses qu’un représentamen peut engager. La tonalité propre au type est le diatonique, celle propre aux traces, le syntonique, celle des tons, l’homotonique. Les sémioses engagées par des types - et donc faisant apparaître des significations - s’appuient sur et constituent (par des processus habituatifs) les representamens diatoniques. C’est ainsi que les "types" peuvent agir sur l’espace tonal : par l’intermédiaire du diatonique.

Mais on voit aussi quels rapports peuvent exister entre le musement et les types. De même que les pensées latentes sont inférées (par une inférence appelée par Peirce "abductive") du contenu manifeste du rêve, de même le musement - dans la mesure où il n’est pas du domaine du conscient - doit être inféré des idées qui, parce qu’elles s’imposent dans une actualité, en censurent l’accès tout en nous l’ouvrant. Dès lors le contenu du musement va être dépendant de ce qui le nie, en ce qui concerne, du moins, l’accès à la conscience. D’où un deuxième genre de rapports entre types et tons.
Ainsi toute sémiose présuppose un système sémiosique tonal dans et par lequel elle se constitue. Dans la mesure où nous avons considéré le diatonal (ou diatonique suivant l’insistance que nous voudrons mettre sur l’idée de structure ou sur celle de dynamique - en fait les mots ont la même racine grecque "tonos", la tension) comme le seul espace tonal propre à être "travaillé" par les types, c’est dans cet espace-là que nous trouverons la plus essentielle réalité de l’inconscient promu par Lacan, celle d’une structure de sémiose. Mais cet espace diatonal ne saurait être séparé, autrement qu’analytiquement, de l’espace tonal tout entier par quoi il participe sans aucun doute du phénomène de la perception, dans lequel, bien entendu, nous rangeons aussi les perceptions dites "internes" (proprio- et intéroceptives).

Nous avons ainsi fait apparaître un espace dont la particularité est d’être un médium entre le sujet et l’Autre, mais avec lequel chacun des deux aura un rapport immédiat dès lors qu’une actualité viendra les scinder, c’est-à-dire, dès lors que l’Autre pourra bien avoir l’obsistence d’un "autrui". L’immédiateté du représentamen tonal ne l’empêche pas d’être un médium, quant, précisément, il entre dans une sémiose actuelle, devenant ainsi un type. On aura compris que la position du psychanalyste, celle du moins à laquelle il postule, est de jouer auprès du patient le rôle de l’Autre par l’actualisation du musement de l’analysant. La règle du "tout dire", fondatrice de l’acte psychanalytique trouve ainsi sa place essentielle dans la "tragédie" qu’est l’analyse.

Ces quelques réflexions s’ouvrent tout naturellement sur une révision profonde de ce qu’on a coutume d’appeler la "communication". Si l’on admet que la pensée n’atteint le stade usuellement appelé "réflexif", ou symbolique, que par l’actualisation du musement, c’est-à-dire par l’investissement "actuel" de representamens, la prétendue communication ne serait donc que la tentative d’influer sur le musement d’autrui grâce à une connaissance préalable de ses processus associatifs. L’"intention" de communiquer qui se manifeste alors prend la forme d’une anticipation de l’interprétation, c’est-à-dire, dans la mesure où le tonal est concerné, la supposition d’un interprétant "immédiat". On voit en quoi la réalité de l’Autre nous fournit une part de cette connaissance, mais non, bien entendu, la totalité, d’ailleurs parfaitement illusoire dans la mesure où elle est essentiellement potentielle. Le "tout" n’est envisageable que dans le monde possible, mais non dans le monde obsistant ou transuasif. Ainsi que Lacan l’avait bien souligné, il y a un manque dans l’Autre. Si ce dernier me garantit la possibilité d’un accès immédiat au tonal d’autrui, je ne puis être assuré jamais de l’effet de mon discours sur son musement - sauf à considérer que la compréhension fournie par l’habitus collectif sur les effets des signes est la plus authentique réalité à laquelle je puis accéder effectivement.

La "communication", conçue comme l’accord tonal, l’identification partielle de musements, est donc marquée de ce qu’on peut bien, avec Lacan, appeler le "malentendu" et le musement se présente à nous comme marqué du "discours de l’Autre", dans la mesure où cet "interprétant immédiat", un des caractère de l’Autre apparaît comme une hypothèse interprétative, une abduction.

Pour conclure

Afin d’éclairer ce que pourraient avoir d’obscures ces considérations, voici deux cas cliniques, gros d’ailleurs de leur propre obscurité.

Céline arrive ce jour-là, s’allonge et marque ce temps d’hésitation qui lui est propre avant de prendre la parole. Cette vague réticence insistera tout au long de la séance. Peu avant la fin de celle-ci, elle indique avoir un mal au ventre persistant. Puis, comme dans un cri, "j’ai une boule de sang qui explose dans mon ventre". L’idée d’une grossesse extra-utérine s’impose à moi. J’évacue cette idée aussitôt afin de permettre le développement de ce qu’il me fallait sans doute appeler un fantasme. La séance se termine. Au moment du départ, je m’entends dire à Céline : "Avez-vous consulté un médecin ?" "Oui", me répond-elle, "mais en avez-vous un à me conseiller ?" Je lui donne alors l’adresse d’un de mes amis en qui j’ai toute confiance. La suite confirmera le "diagnostic" de grossesse extra-utérine de deux mois.

La question est ici la suivante : comment est-il possible d’entendre ce "cri du corps", sinon par la considération d’une tonalité propre dont l’expression purement symbolique n’est là que comme l’indice d’un malaise corporel vaguement désigné. Car enfin l’oeuf qui est dans la trompe n’est pas cette "boule de sang", l’"explosion" n’avait pas lieu au moment indiqué et, en tout état de cause, ne pouvait être l’explosion d’une boule de sang, mais bel et bien de la trompe elle-même. Pourtant le rôle indiciaire était là, ainsi que le ton propre à désigner l’urgence de la situation (rapidement mortelle). La compétence propre du psychanalyste n’est pas la question, sans quoi cette pratique ne serait que magie. Le musement propre de l’analyste lui laisse la possibilité d’inscrire tout ce dont l’habitude humaine (onto- et phylogénétique - pour parler grossièrement) est porteuse. Le "cri du corps" n’est-il pas une des variétés du musement, avant qu’il soit exprimé ? Ce que Freud appelle l’"attention flottante" n’est autre que, précisément, l’ouverture libre du psychanalyste à son propre musement par laquelle il se refuse à tout contrôle dont l’"activité" ou l’"actualité" viendrait obérer le potentiel tonal. Bien entendu rien n’est ici assuré avant que la réalité sociale ne vienne donner aux effets de l’hypothèse sa plus profonde réalité. Il nous faut renoncer aux certitudes d’être dans le "ton", jusqu’au moment du moins où la "vérification" des conséquences m’en assurera sinon la certitude - ô combien tardive ! - mais du moins la probabilité.

Peut-être pourra-t-on reprocher à ce cas d’être - mais peut-il en être autrement ? - particulier, trop particulier, et plus obscur que ce qu’il prétend éclairer.
Hiératique dans son fauteuil roulant, la partie droite de son corps tordue par une hémiplégie, les yeux grands ouverts, répondant aux sollicitations de l’équipe par de légers battements de paupière, de petits gestes de la main, laissant ses interlocuteurs à leur interprétation, Renaud participe à la réunion de l’équipe de réanimation et de rééducation des comateux dans la phase d’éveil. L’enquête menée, les bribes de renseignements vaguement coordonnées vont permettre toutefois d’aborder son cas en sa présence si peu "responsive". Le protocole mis sur pied consiste à parler du cas en présence du malade lui-même. L’idée sous-jacente est de donner à ce dernier l’occasion d’accorder son musement aux productions verbales (et tonales) qui l’entourent. Nous tentons des incursions dans des domaines hautement investis : l’enfance, la mère, le père, la place réciproque des enfants de la fratrie. Il n’est pas souhaitable de reprendre ici ne fût-ce qu’une partie des considérants qui nous guidaient. La seule obligation que nous nous faisions étant de "parler tonal", Renaud se mêle bientôt à la discussion par ses mouvements des paupières et de la main, éclairant çà et là quelques points obscurs, indiquant aussi une certaine tension lors de quelques échanges.

En soi ce résultat est une petite victoire dans la mesure où il indique un début d’investissement dans ce que nous appellerons un dialogue : le problème pour le comateux paraissant être celui du passage à l’investissement de représentations, comme si le barrage, à l’image d’un "Boulder Dam", impliquait une très haute "différence de potentiel" entre le musement et l’insertion de celui-ci dans l’actualité. L’intérêt que Renaud marquait pour ces representamens qui le concernaient marquait un début d’abaissement de ces différences de niveau, sans doute vers le passage à la parole. La semaine suivante, Renaud, surmontant ses épouvantables handicaps physiques "dictait" en désignant une à une les caractères d’un alphabet une lettre d’amour à l’une des soignantes. Eros pouvait s’affranchir un instant de la garde de Thanatos. Car, bien entendu, des considérations sur les pulsions et leur intrication/ désintrication doivent être envisagées pour faire une théorie de la relation au comateux.

Mais il n’est évidemment pas nécessaire de le faire dans le cadre de cet article.

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