Le sujet à bras le corps par Ginette Michaud

mardi 8 décembre 2009, publié par Michel Balat

Un salut affectueux à Ginette Michaud qui a permis la publication de cet article sur ce site.

Michel Balat


Colloque Euro-Psy 17 et 18 octobre 2009

Le sujet à bras le corps

Ginette Michaud

17 Octobre 2009

Jeudi soir

J‘ouvre un œil, enfin, je crois. Il n’y a que les yeux pour faire communiquer avec l’autre côté de soi. Enfin, j’ouvre à droite. Je n’ai la perception que d’un petit espace centré par l’œil.

Un petit carré de lumière se détache. Je ne dirais pas « je vois », mais « il y a » du laiteux, de l’autre côté. Par contre, je le vois du dedans, c’est sûr.

Je me risque, j’insiste. Je ne peux pas tourner la tête, qui est on ne sait où.
A droite : du noir, à gauche : du noir, en haut : du laiteux qui bouge, qui se rétracte, se contracte, recule, descend.

En bas, juste au ras, une rangée de pieux irréguliers : un élevage de moules de bouchots. Qu’est ce que c’est ? Je fixe les pieux, ils bougent, maigrissent, s’écartent les uns des autres.

Ça devient des clous, puis, plus fins, des petites barres. Une rambarde de fenêtre. Entre les barres, le laiteux s’approche et recule à une place qui semble être la sienne. Ça fait une perspective avec les barres. Est-ce que ce sont mes cils : rangée de cils que je vois, maintenant, avec mon regard rasant ?

En haut, le laiteux. Au milieu, une torche qui s’étale doucement. Vive. Un spot ? J’aurais envie de fermer l’œil. Quelque chose me dit que ce n’est pas le moment.
Comprendre où je suis. Bruissements à droite. L’opération du rein. Est-ce que je suis en salle de réveil ? Un temps doit suivre, puis les couloirs, plus ou moins réveillée. Le brancard qui fait des kilomètres. La couverture qui serre. Le dossier jeté sur le pied du brancard et qui glisse, ramassé au vol avec précision par le brancardier. Le coulissé grinçant des portes d’ascenseurs. C’est toujours comme ça, je connais. Est-ce que je viens de le vivre ? Je ne sais plus. Je me glisse dans l’attente.

Une petite voix me dit « on attend ». Celle de ma petite fille quand on jouait à la cuisine.

Oui, ma chérie, on attend. Je replonge dans un demi sommeil, pas désagréable.
J’ouvre à nouveau l’œil. La petite fenêtre. Les moules de bouchot ont disparu. Je passe vite de la rambarde aux cils, paysage laiteux toujours là. À travers, je cherche, vue obligatoire et familière pour ce lieu, la succession des têtes de lits entrecoupées des lignes brutes et fonctionnelles des brancards.

Rien en vue.

Impossible. Je devrais être en salle de réveil. Je devrais même être dans ma chambre à ce stade supposé du déroulement de l’intervention.

Si je pouvais bouger la tête pour voir, mais inutile, je le sais, il n’y a rien en face. Je ne suis pas en salle de réveil. Quelque chose ne va pas. Qu’est-ce qu’il se passe ?

Où est-ce que je suis ?

(…)

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