jeudi 24 décembre 2009, par
Marie-Emmanuelle LOUBIÈRE
1, bis avenue de la Loire
41500 Muides sur Loire
Je suis infirmière à la clinique psychiatrique de la Borde depuis quelques années.
Très vite j’ai intégré l’équipe des packs qui se réunit toutes les semaines. Les packants et un médecin réfléchissent sur leur pratique. Après s’être concertés, ils proposent à certains patients ce soin. Les personnes concernées peuvent avoir des pathologies différentes et complexes. C’est la souffrance du patient dont nous sommes témoins qui nous conduit à ce choix. Elle peut, entre autres, se manifester par de l’angoisse, des idées délirantes, ds hallucinations, un repli sur soi important, des difficultés à s’investir… La personne peut avoir une image ou un vécu de son corps parfois très altérés.
Nous formons des petites équipes de quatre ou cinq soignants autour d’un même patient ? Pour chaque pack nous sommes deux moniteurs à en être responsables. C’est dans un climat de confiance que le pack se déroule. Le patient, souvent, ressent la fraîcheur des linges humides qui l’enveloppent, mais il se réchauffe par la suite, et cela lui permet de se réapproprier ses sensations corporelles et l’image du corps qui peuvent tant lui faire défaut. Pendant ce temps qui lui est consacré, il peut s’exprimer, parler de son et de ses histoires, de son quotidien, mais aussi nous faire partager sa créativité et son questionnement…
Pour beaucoup de patients packés, le résultat est appréciable, aussi bien par lui que par les autres. L’ambiance peut être plus sereine quand un patient agité a pu avoir ses packs. D’autres sont moins angoissés, moins délirants, ils peuvent être plus dans le contact. D’autres s’investissent dans différentes activités et prennent des responsabilités dans le quotidien… Cela a une grande importance pour avoir le sentiment continu d’exister.
Voilà en quoi je trouve nécessaire la possibilité d’offrir ce soin, suite à la concertation d’une équipe, à un patient en souffrance. Cela ne prend vraiment sens que grâce à la diversité des rencontres, aux différentes possibilités de prise ne charge (consultations, activités du quotidien et du club, soins…) de la structure soignante. Pour les soignants, il s’agit là du sens, de la position éthique apportée à notre travail.
Mes amitiés à Pierre DELION en qui j’ai tout confiance.
Maire-Emmanuelle LOUBIÈRE
*
Témoignages de patients
Les dits de Chantal D.
J’ai eu 50 ou 60 packs, je ne sais plus.
Ce n’est pas toujours avec la même équipe, mais c’est toujours le même chose.
On sent qu’on s’endort un peu. C’est confortable. On vous laisse tranquille. On n’est pas forcé de parler. C’est du repos. Ça m’a permis d’apprécier mon corps. On a arrêté quand j’en avais marre. C’est mon médecin qui a décidé.
Après le pack on se sent plus vivante.
Je ne sais pas ce que je raconte dans le pack. Dans le pack, on parle doucement, en attendant. Après on boit le thé.
Les gens sont là pour écouter et popur faire le thé.
Le pack ça lave un peu. Après on a moins froid. Ça lave et ça réchauffe.
Je n’aime pas quand on sort du pack. Il faut boire du thé quand on sort du pack.
Des fois ça calme. Mais des fois ça énerve.
Quand on a fini le pack on peut oublier qu’on en a fait un. C’est un moment. Pas la durée.
Comme on danse : il faut savoir respirer.
*
Bruno A.
J’ai eu des packs pendant plusieurs années — quatre ou cinq années, peut-être plus, je ne sais plus. Un par semaine.
C’est pas toujours avec les mêmes personnes. Les gens du pack proposent des personnes et je donne — ou non — mon accord. Je n’ai jamais dit "non" parce que c’est des gens que je connais. J’ai confiance.
Cela dure une heure. Il y en a qui prennent des notes. C’es tpour faire le point de temps en temps avec le médecin. Autrement personne ne les lit. Cela reste au pack.
Une fois, j’allais mal. J’ai demandé deux packs par semaine. Ils l’ont fait. Cela dépend des disponibilités des équipes.
Je supporte bien l’emballement froid et humide. Cela se réchauffe assez vite.
Des fois, je n’avais pas envie. Alors je ne suis pas obligé. On change la date ou bien on reste dans la salle de pack et on boit un thé en parlant.
Le pack, ça dure une heure, je crois. Après on se sèche avec un peignoir et on est assis pour parler encore, si on veut. Pour prolonger en buvant du thé. Alors ils n’écrivent pas, ne prennent plus de notes.
Il faut se déshabiller, c’est comme chez le médecin ; ça va et ils sont pudiques, gentils. Ça va vite, l’enveloppement.
C’est un soulagement d’avoir parlé ; ça détend ; ça redonne le moral ; c’est tranquille.
Je dirais que c’est doux.
On est entre soi.
Des fois, ça dure toute la journée ; ça dépend.
*
Témoignage d’Yvonne LODDER
Le Pack me fait approfondir mes sensations. Voire les Idées.
Je me sens emmitouflée comme si j’étais statique dedans.
Mes idées s’échappent.
Il y a une harmonie qui pousse dehors mes sensations et mes Idées.
Témoignage d’Yves F.
Ancien patient d’un hôpital psychiatrique, j’ai très bien supporté le packing même si je ne parlais pas ou peu, alors que les moniteurs pensaient que la parole pouvait apaiser l’angoisse. Un packing est dix fois moins dangereux qu’un médicament et avant de dénoncer cette pratique il conviendrait de la connaître.
*
Témoignage de Claire C. Interview de Bénédicte B.
— Bonjour Claire.
— Bonjour.
— Depuis combien de temps pratiquez-vous le Packing ?
— J’en ai fait 4 ans puis j’ai arrêté et je viens de reprendre depuis 3 mois.
— Pourquoi avez-vous arrêté au bout de ces 4 ans ?
— J’ai ressenti de l’agressivité en moi. J’ai eu peur. Puis j’ai pris conscience que c’était mon imagination, que je ne voyais pas les choses telles qu’elles étaient vraiment. Puis j’ai repris parce que je me suis rendu compte que le packing me fait beaucoup de bien.
— Actuellement à quel rythme faites-vous des packings ?
— Une fois par semaine, et je me suis rendu compte que c’était beaucoup plus sérieux que je ne l’imaginais.
— Pourriez-vous me faire part de ce que cette technique vous apporte ? Avez-vous senti une évolution, au travers de cette expérience ?
— Au début j’étais très seule, dans le noir, très angoissée et j’ai appris avec le pack que je n’étais pas… et qu’on pouvait m’aider. On s’intéressait à moi.
— C’est un peu une sorte de cocon ?
— Une sorte de mise à jour. Je n’étais plus seule dans ma souffrance.
— On m’a parlé d’un rassemblement de la personne. Quelle évolution avez-vous ressentie ?
— Que j’étais devenue un sujet guérissable. Il y a donc une lumière dans mon mal. Quelque chose d’humain.
— Es-tu seule dans la pièce pendant le packing ?
— Non, il y a toujours des moniteurs qui me connaissent.