"Avoir un lieu pour être"

Journées PSYPROPOS 2017

SAMEDI 14 OCTOBRE à BLOIS

mercredi 20 septembre 2017, publié par Michel Balat


Argument

« AVOIR UN LIEU POUR ÊTRE. »

Quand un enfant voit le jour, il n’est pas en mesure de subvenir seul à sa survie. Il rencontre l’absolue nécessité de devoir compter pour quelqu’un : il doit pouvoir être désiré pour traverser l’épreuve de sa néoténie, et devenir désirant après un long processus de séparation-individuation, porté par la fonction phorique maternelle qui l’accueille dans la structure symbolique.

Dès la naissance, il y a cette expérience vécue de la dépendance. Comme le précise Françoise Dastur, la « première expression de l’être n’est ni l’être-objet, ni l’être-sujet », citant Merleau-Ponty qui ajoute « le langage nous a, et ce n’est pas nous qui avons le langage. », distinguant « l’être naturel » de « l’être dont le langage est la maison ».

L’expression française traduisant l’allemand « es gibt », est « il y a ». Ce « y » est le lieu de l’inscription où « être et avoir » trouvent à s’articuler. Mais pour cela, il faut se situer, délimiter « la chair du corps » de la « chair du monde ». Ce processus est celui qui ouvre à la possibilité d’être « en repos de soi-même ». Nous retrouvons cette notion chez Winnicott qui évoque la nécessité d’avoir accès à un « espace de tranquillité » pour générer « la capacité d’être seul ».

Tout au long de l’existence, cet espace du contact primordial qui antécède la séparation sujet-objet est essentiel : base de notre existence, il est lieu de nos inscriptions.

L’ensemble des pratiques sociales concernant les divers champs où il est question d’« humaniser les relations humaines » selon la belle expression de Roland Barthes, parmi lesquels les champ sanitaire, éducatif, psychothérapique, psychanalytique ou pédagogique, doivent intégrer cette dimension.

Elle excède l’économie restreinte au processus de production-consommation et concerne, disait Jean Oury, « l’économie générale » au sens de Georges Bataille, elle prend soin du Narcissisme originaire dont Freud formule l’hypothèse dès 1914.

Sur le plan phénoménologique, Erwin Strauss, Viktor von Weizsäcker ou Henri Maldiney élaborent l’espace pathique où l’homme s’accorde au monde alentour. Sensible à ce qui peut advenir, il s’y sent participer, dans « le lieu sans lieu de l’être perdu ». S’y mouvoir lui permet d’y trouver son horizon comme le danseur dans l’espace de la danse, sa création. L’humanisation de l’homme n’est pas dans son accompagnement par les autres, mais bien dans son cheminement partagé avec eux.

Le site de la création participe de ce moment pathique où monde intérieur et monde alentour sont unis dans le moment d’émergence où se met en œuvre cette présence indistincte à soi-même et au monde.

Winnicott le spécifie comme champ transitionnel : « espace intermédiaire d’expérience, n’appartenant ni à la réalité intérieure ni extérieure et qui se prolonge tout au long de la vie dans l’expérience de l’art, la vie imaginative, la religion et la création scientifique ».

C’est aussi là que s’opère le processus de séparation-délimitation du corps et du monde, dont Lacan a promu l’opérateur logique : le miroir. Le Stade du Miroir permet que s’articulent et se distinguent les registres de l’imaginaire, du symbolique et du réel ; il soutient la structuration du fantasme articulant le sujet de l’inconscient à l’objet du désir, procurant le sentiment continu d’exister indispensable au processus d’historicisation de toute personne. La fonction stabilisante du fantasme permet à chacun de s’éprouver le même, tout au cours de sa vie en croissance, dialectisant le même et l’autre sans risquer d’être confronté au vécu de fin du monde ou de catastrophe existentielle (François Tosquelles) qui peut survenir dans les processus psychotiques.

Être et avoir une image du corps rassemblée par l’assomption structurante de cet idéal imaginaire, requiert la structure d’un lieu où les entours (Jean Oury), le langage, les habitudes, la structure familiale jouent un rôle unifiant l’existence tout au long de la vie.

Pour chacun, de sa naissance à sa mort et durant tout le processus de son éducation, sa socialisation, sa vie affective, son travail, et les diverses mises en formes de son potentiel de création et d’invention, ce lieu demeure actif ouvert à l’accueil et à l’inscription de ce qui fait événement. Quand une thérapeutique est nécessaire, un accueil ouvert à ce site de l’émergence est indispensable, c’est seulement à cette condition que toute reprise d’existence devient possible.

Psypropos étudiera en cette année 2017 cette question du Lieu, ce champ d’expérience vécue qui doit être respecté sans contestation pour « soutenir l’existence en toute circonstance » selon la proposition éthique d’Hélène Chaigneau.

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